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04.12.2006

Lettre ouverte aux 17% de sondés qui se disent prêts à voter Le Pen

Dés que j'ai pris connaissance des derniers sondages créditant LE PEN de 17% d'intentions de vote, j'ai imaginé d'écrire une lettre ouverte à ces "sondés désespérés".
En voici le texte :

"Les derniers sondages nous apprennent que vous seriez 17 % en France à vouloir voter pour JM LE PEN au premier tour des élections présidentielles, soit plus que le score réalisé par ce dernier le 21 avril 2002 !

Surprenant ou attendu, le résultat de ce sondage ne peut en tout état de cause laisser indifférent et, compte tenu des risques qu’il représente pour notre démocratie, il nécessite une réaction de la classe politique.

Au nom de l’UDF, je souhaiterais vous faire passer trois messages :

1/ Vous avez le droit d’être entendus.

Depuis les années 1980, le Front National est utilisé par la gauche et la droite comme faire-valoir pour éviter que le paysage politique ne change. F. MITTERRAND s’en est servi pour battre la droite, J. CHIRAC pour battre la gauche et aujourd’hui N. SARKOZY va s’en servir pour tenter de persuader les électeurs qui partagent les idées de l’UDF de voter soit disant utile (autrement dit pour lui !) dés le premier tour pour éviter que J.M. LE PEN ne réitère son score de 2002.
L’utilisation à des fins politiciennes de plus de 15% de l’électorat français est proprement scandaleuse et il est temps que cela cesse.
Les électeurs du Front National n’ont, dans le même temps, aucun moyen de se faire entendre. 
Notre système électoral leur interdit en effet, malgré leur poids politique, d’être représentés à l’Assemblée Nationale
Démocratiquement choquante, cette situation conduit paradoxalement à renforcer l’influence de J.M LE PEN auprès de l’opinion publique qui joue la victimisation à outrance.
Cette situation ne peut perdurer et il est temps, comme cela figure dans le programme de l’UDF, d’insérer une dose de proportionnel aux élections législatives et ce afin que toutes les sensibilités de notre pays puissent se faire entendre démocratiquement.
C’est une question de démocratie mais aussi et surtout la seule façon de combattre efficacement les idées extrémistes du leader du Front National ou encore celles de l’extrême gauche. A l’UDF, on préfère débattre de ces idées face à face avec les partisans de ces partis plutôt que de tenter de les passer sous silence par de simples subterfuges électoraux

2/ Votre désir de changement est légitime 

Depuis 25 ans en France, la gauche et la droite qui ne représentent pourtant, à eux deux, que moins de 50 % de l’électorat, s’accaparent à tour de rôle tous les pouvoirs.
Cette situation a conduit notre pays à l’immobilisme et ce pour deux raisons :
- chaque camp défait systématiquement ce que l’autre a fait lorsqu’il arrive au pouvoir. Ce sera d’ailleurs la même chose en 2007 à en croire le programme du PS qui envisage de revenir sur la privation d’EDF, la réforme des retraites etc….
- chaque camp met systématiquement tout en œuvre pour bloquer les réformes envisagées par l’autre en n’hésitant pas à pousser les gens dans la rue

Cet immobilisme est insupportable quand, dans le même temps, le nombre d’exclus augmente (environ 4 millions de français) la dette explose (1.150 milliards d’euros) et les banlieues flambent !

Face à un tel constat, le désir de changement est parfaitement légitime.
Mais ce n’est pas en votant pour J.M. LE PEN que vous obtiendrez ce changement.
Tout d’abord parce que, comme je l’ai précédemment indiqué, le vote LE PEN  a pour effet de renforcer la gauche et la droite dans leur pouvoir hégémonique, comme cela a clairement été le cas en 2002.
Mais aussi et surtout parce que le projet du Front National ne peut conduire qu’au chaos et à l’isolement de notre pays.

3/ Les idées de  FRONT NATIONAL sont dangereuses et démagogiques 

Même si JM LE PEN a lissé son discours pour tenter d’effacer des mémoires, ses précédents « dérapages » révélateurs de sa véritable personnalité, ne vous y trompez pas, son programme reste dangereux sur bien des points.
Il suffit pour s’en persuader de lire son projet présidentiel exposé lors de la Convention du Bourget du 12 novembre 2006 et de consulter les sites Internet du FN et du FNJ.

Trois exemples suffisent à démontrer la dangerosité de son programme : 

- Si dans son projet, J.M. LE PEN se présente comme le chantre de la liberté, force est  toutefois de constater que sa conception de la liberté dissimule en fait une véritable volonté de mettre au pas tous ceux qui ne pensent pas et qui n’agissent pas comme il le souhaiterait. C’est ainsi qu’il dit vouloir « rétablir la morale » et combattre «l’amoralité ». Mais en quoi la morale de chacun d’entre nous concerne l’Etat ! Vous qui souhaitez voter LE PEN, aimeriez-vous que l’Etat vienne vous dire ce qui est bien et ce qui est mal ? L’Etat doit rester un état de droit chargé de réglementer nos relations mais ne doit pas s’immiscer dans nos vies et nos croyances. D’autres régimes en d’autres temps l’ont fait et nous savons ce que cela a donné.
Dans le prolongement de cette idée, on apprend à la lecture du site Internet du FNJ, que J.M. LE PEN souhaite  développer les « enseignements qui initient au beau » et assurer la promotion de « toutes les bonnes musiques ».
Mais là encore, de quel droit l’Etat pourrait nous dicter nos goûts et nos désirs en matière culturelle et nous obliger à écouter des chants militaires plutôt que du rap ou du rock’n’roll !

- En outre, vous qui voulez voter LE PEN, vous devez savoir qu’au mépris de nos principes constitutionnels les plus élémentaires, le Président du Front National veut purement et simplement supprimer le droit pour les magistrats d’adhérer à un syndicat !
Pourquoi ne pas généraliser, pendant qu’il y est, cette interdiction aux policiers et à tous les fonctionnaires !
Comme dans toutes les dictatures, J.M. LE PEN veut en fait tout contrôler et tout diriger (notre propre morale, nos désirs mais aussi le contenu des enseignements et la justice) et pour cela il est prêt à supprimer tous les corps intermédiaires qui pourraient le gêner comme les syndicats.  
- Enfin, sur le plan économique son programme n’est que duperie et démagogie.
On tente de vous faire croire que les remèdes au chômage seraient très simples : il suffirait de fermer nos frontières, sortir de l’Union Européenne et dans un même mouvement, réserver le marché national aux entreprises françaises et aider ces mêmes entreprises à envahir les marchés extérieurs !
Vous qui souhaitez voter pour J.M. LE PEN, pensez-vous sérieusement que les pays, et en premier lieu les pays de l’Union Européenne, à qui on aura expliqué que leurs entreprises ne sont plus les bien venues chez nous, accepteront d’ouvrir leurs frontières aux entreprises françaises ? Non bien sur. Or, la plupart des échanges se fait aujourd’hui au niveau européen (notre principal partenaire économique est l’Allemagne) et au niveau international et il est évident que la plupart de nos entreprises ne subsisteront pas à la fermeture des frontières !

Alors oui, je comprends aujourd’hui que vous ayez envie d’être entendus et que vous ayez envie de changement, mais ce n’est certainement pas en répondant aux sirènes de J.M. LE PEN que vous l’obtiendrez.
La France ne pourra s’en sortir que si elle cesse de se déchirer et si nous parvenons à créer une coalition de gens de droite, de gauche et du centre, capables de s’associer pour résoudre vraiment les problèmes que nous rencontrons. 

Seul le vote UDF et l’élection de F. BAYROU à la Présidence de la République, peut nous permettre d’y parvenir."
On m'a toutefois fait observer qu'il ne servait à rien d'expliquer à un électeur du Front National qu'il se trompait car cet électorat serait, de toutes les façons, hermétique à la critique.

Soit, je veux bien l'admettre, mais ça me fait comme même du bien de rappeler sur ce blog quelques vérités !

Franck LANGLOIS.

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